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Les spectacles

Le Moche de Marius Von Mayenburg


Lette, brillant ingénieur, n'en croit pas ses oreilles lorsqu’il apprend que sa nouvelle invention, le connecteur 2 CK sera présenté à la conférence prestigieuse de Brigue par son assistant, ce bidouilleur de Karlmann !

“Personne ne vous l’a jamais dit ? votre nez nous l’avons dans le nez !”

 Fanny, sa femme le trouve très beau intérieurement, elle aime sa voix, son talent, mais elle n’aurait jamais imaginé avoir un mari si moche.
“Allez-y, charcutez”
Le résultat est au-delà de toutes ses espérances : “une tête d’œuf dur sans coquille!” Fanny est folle de lui, son patron l’envoie aux quatre coins du monde pour vanter le connecteur 2CK, une file de 25 femmes désirables l’attendent après chaque congrès, sans compter le chirurgien qui loue ses services à pris d’or pour la promotion de son visage.
Happé par son succès et le tourbillon de ses aventures sexuelles Lette néglige son travail et sa femme ; petit à petit il n’est plus qu’une coque vide, juste un visage parfait qui éveille le désir et qu’on s’arrache. Tout le monde finit par se payer sa tête et son clone est partout, au supermarché, dans les parcs. Son patron le vire sans ménagement:
“Karlmann le fera lui même à l'avenir”
Fanny, sa femme, ne sais plus où elle en est. Elle adore le visage de son mari, mais il y en a trop, elle finit par le tromper.
Sans femme et sans travail Lette n’est plus rien. Il aspire à retrouver son visage d’autrefois. IMPOSSIBLE. Il ne lui reste plus qu’à se jeter du 25 éme étage d’une tour pour écrabouiller ce visage qui l’a détruit.
Mais est-il nécessaire de mourir pour se retrouver lorsque l’on peut s’adonner à la contemplation de soi-même dans l’autre


Dès la première lecture, la pièce m’a semblé simple et directe, elle m’a rappelé les jeux d’enfants que je pratiquais, celui du docteur, ou celui du patron. Peut-être parce que les personnages gardent le même nom et changent d’identité, alors qu’ils sont joués par le même acteur ; cette confusion déroute ma pensée d’adulte mais rassure l’enfant qui est en moi.
La perte de son identité, sa dilution dans l’acte de paraître tellement mieux, le faire-savoir qui vide l’individu de son savoir-faire, sont des données révoltantes de notre société. Nous devenons tous interchangeables, simples numéros sur une liste d’attente sans fin. Faire du théâtre, c’est forcément s’opposer à cette volonté d’uniformiser le monde, c’est entretenir par la mise en valeur des défauts, des soi-disant tares de chaque individu, un espoir de poésie et de différence.

le moche disco




Après quelques années passées à revisiter la farce et le vaudeville, la pièce de Marius Von Mayenburg répond exactement à mon désir d’associer la vitesse d’exécution de ces mécaniques à faire rire avec la pertinence d’un sujet à vif de notre société. Cela grâce à une écriture drôle, vivace et enlevée, qui laisse une liberté très grande à la mise en scène. Celle-ci suivra l’écriture, avec des transitions nettes voir brutales, une série de séquences montées en cut, le travail de l’acteur au centre du dipositif scénique lui-même réduit au plus simple.

Lette. ne soyez pas triste Karlmann, tout le monde ne peut pas avoir un visage comme le mien.
Fanny. C’est aussi ce que je pensais, mais maintenant c’est déjà la troisième fois que ça arrive.
Lette. Quoi?
Fanny. D’abord au supermarché, ensuite dans le bus, et juste à l’instant au parc.
Lette. Au parc?
Fanny. Je suis sur un banc, et quelqu’un s’assied à côté de moi, je jette un coup d’œil, et c’est toi.
Lette. Moi?
Fanny. Oui. Avec un nouveau manteau. Je te regarde encore, une femme arrive dans l’allée, et tu lui fais un baiser.
Lette. Je n’ai pas…
Fanny. Et alors tu as ouvert la bouche et parlé avec la femme, mais ta voix était complètement différente. Et la femme a dit que l’opération s’était apparemment bien passée et que tu étais exactement comme sur la photo.
Lette. Mais je n’ai pas été au parc.
Fanny. Je sais, c’était un autre homme, avec ton visage.

Pourquoi monter cette pièce?

Dès la première lecture, la pièce m’a semblé simple et directe, elle m’a rappelé les jeux d’enfants que je pratiquais, celui du docteur, ou celui du patron. Peut-être parce-que les personnages gardent le même nom et changent d’identité, alors qu’ils sont joués par le même acteur ; cette confusion déroute ma pensée d’adulte mais rassure l’enfant qui est en moi.
La perte de son identité, sa dilution dans l’acte de paraître tellement mieux, le faire- savoir qui vide l’individu de son savoir-faire, sont des données révoltantes de notre société. Nous devenons tous interchangeables, simples numéros sur une liste d’attente sans fin. Faire du théâtre, c’est forcément s’opposer à cette volonté d’uniformiser le monde, c’est entretenir par la mise en valeur des défauts, des soit-disant tares de chaque individu, un espoir de poésie et de différence.
Après quelques années passées à revisiter la farce et le vaudeville, la pièce de Marius Von Mayenburg répond exactement à mon désir d’associer la vitesse d’exécution de ces mécaniques à faire rire, avec la pertinence d’un sujet à vif de notre société. Cela grâce à une écriture drôle, vivace et enlevée, qui laisse une liberté très grande à la mise en scène. Celle-ci suivra l’écriture, avec des transitions nettes voir brutales, une série de séquences montées en cut, le travail de l’acteur au centre du dipositif scénique lui-même réduit au plus simple.

Une scénographie simple et sophistiquée combinant, cubes, video et univers sonore

Les indications de l’auteur vont dans le sens du dépouillement.
Le corps des acteurs devient machine, il est interchangeable et représente le connecteur, l’invention de Lette. Comme dans  les  jeux  d’enfants,  des  cubes  blancs  de  différentes  tailles  et  de  différentes  textures sont manipulés par les acteurs tout au long de la pièce. Ils forment un jeu  de construction permettant de symboliser tour à tour des éléments du connecteur,  les sièges du bureau de l’entreprise, la forme brute du visage de Lette, les instruments  de  chirurgie.  Pendant  l’opération,  une  chorégraphie  associe  les  cubes  au  corps  de  Lette  pour  composer  une  image  abstraite,  la  vidéo  projetant  sur  les  cubes  différentes  parties  du  visage  de  Lette  en  une  recomposition  absurde.  Nous  avons  conçu  la  vidéo  et  la  bande  son  pour  créer  un  univers  fantasmatique,  où  le  visage  de  Lette  se  démultiplie,  et  se  mélange  avec  les  visages  des  autres  comédiens.  Le  son  contribue  à  rendre  l’impression  mêlée  de  malaise  et  de  rêve  qu’entraîne  la perte du visage, et de l’identité. Est-ce un cauchemar, est-ce la réalité ? La bande  son plonge le spectateur dans un univers à la fois mécanique, et onirique.

Distribution
Jacques Arnould
Jean-Jacques Parquier
Thibault Pasquier
Nathalie Raphaël

Mise en scène
Julia Friedberg et Jean-Jacques Parquier

Scénographie
Cédric Touzé

Lumière
Bruno Marchetti

Bande son
Léo Paoletti

Video
Tony Gagniarre

Costumes
Chloé Jeangin

Téléchargement

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